20 ans!
Il aura fallu attendre 20 ans pour finaliser l'adaptation ciné des "Watchmen", depuis sa mise en route par Terry Gilliam en 1989 jusqu'à sa sortie dans les salles en mars dernier.
20 ans d'un développement ultra chaotique où s'enchaineront réalisateurs confirmés (Gilliam,Aronofsky, Greengrass, puis enfin Snyder...), comédiens et scénarios, et en 20 ans, l' « Arlésienne Watchmen » aura acquis son statut de film irréalisable...
Pourquoi tant d'échecs repétés?
Déjà, rappelons le, la bd est devenue intouchable, défendue par de nombreux fans.
Véritable ras de marée critique et public à sa sortie, "Watchmen" réussi le passe-passe de s'envoler de sa niche comics "Pow-Bang-Fiz" ciblé "adolescents boutonneux" pour atterrir sur les tables de chevet des critiques littéraires.
Fort de son accueil par une certaine intelligentsia, la bd gagnera de nombreux prix dont certains alors inédits au neuvième art, comme le prix Hugo de 88. Par la suite, elle gagnera celui du meilleur album étranger du festival d'Angoulême 89 et sera classée parmi les 100 meilleurs romans parus en langue anglaise depuis 1923 par le Time.
Tout comme Eisner en 1978 avec « Un Pacte avec Dieu » et « Maus » de Spiegelman en 1981, Moore avec « Watchmen » fait front pour défendre une certaine idée de la BD, non-infantile et plus mature, abordant des sujets politiques, culturels et sociaux complexes.
Pour lui; les justiciers masqués de l'uvre ne sont au final qu'un gros prétexte, comme souvent dans ses scénarios (« V pour vendetta », « The Forty Niners »...) pour nous faire part des craintes et observations sur son epoque.
C'est certainement la aussi, une nouvelle raison de la difficulté pour finaliser le projet.
« Watchmen » est ambitieux et son récit tentaculaire; de nombreux destins se mêlent et s'entrecroisent pour former une machine narrative complexe, dont les rouages inarretables aboutissent à une conclusion implacable; Alan Moore n'hésitant pas à utiliser ses personnages secondaires pour brosser un portrait large et complet de sa vision de la société de 86. Au final, l'histoire de «Watchmen» est tout autant racontée par ses personnages que par ce « monde reflet » dans lequel ils circulent.
Car oui; bien qu'imaginaire et déviant, le monde de « Watchmen » reste un énorme reflet de son epoque. Il semble d'ailleurs inconcevable d'essayer de comprendre l'album (et par conséquent le film) en oubliant le contexte historique et géopolitique de sa création.
La réalisation de la bd arrive à un des points culminants de la tension entre les blocs est et ouest, faisant suite à la politique de réarmement de Reagan. Le monde craint un nouveau conflit mondial et l'angoisse de l'apocalypse nucléaire est plus forte que jamais, comme en témoigne l'heure affichée à « l'horloge de la fin du monde » en 1986; qui depuis 1984 affiche 23h57.
Il faut savoir que depuis sa conception réelle en 1947 par les scientifiques atomistes de l'université de Chicago, l ' « horloge de la fin du monde » est une horloge allégorique où minuit indique tout simplement la fin du monde. Selon les évènements de l'année, l'horloge peut gagner ou perdre des minutes.
Moore y fait d'ailleurs référence directe dans la bd, celle ci permettant la décomposition de sa narration en chapitres, chacun étant une minute supplémentaire amenant à l'ultime conclusion.
Moore cristallise ainsi dans « Watchmen » ce certain mal être dans cette Amérique altrnative toujours gouvernée par son président epouvantail qu'est Richard Nixon,où co-existent une compilation des plus grands archétypes des héros costumés apparus dans les comics en général, et cela va du loyal justicier masqué , au super héros à la limite de la divinité en passant par le justicier vengeur et sans pitié...
Pour l'histoire, pratiquement tous ces protagonistes principaux sont à la base inspirés de personnages de Charlton Comics, qui a vendu en 1983 une partie de ses héros emblématiques à DC, mais suite aux trop grosses différences entre l'interprétation de Moore des personnages et leur provenance, DC décidera de renoncer à établir de liens entres les protagonistes de « Watchmen » et leurs origines.
Ce sont d'ailleurs ses personnages, et en particulier l' « arme de dissuasion américaine absolue» personnifiée par le Docteur Manathan, qui sont responsables de la déviation de l'univers de « Watchmen » vers un arc radicalement alternatif au notre; le Dr Manathan ayant permis de gagner la guerre du Vietnam; de faire pression contre le bloc russe lors de la guerre froide, et d'apporter avec lui ses connaissances scientifiques, aidant ainsi à la création de nombreuses nouvelles technologies de la production énergétique à la téleportation.
Il faut aussi faire une distinction importante entre les « héros masqués » dans « Watchmen », qui sont au final ni plus ni moins que des humains normaux avec un costume fantaisiste, possédant des capacités physiques et mentales dans la limite de l'être humain, et qui parfois peuvent s'aider de gadgets plus ou moins sophistiqués (vision assez réaliste du mythe du personnage de « super héros » comics au final) ET le véritable « super héros », qui lui possède des super pouvoirs comme la téleportation, le voyage dans le temps...(et dont le seul cas réel dans la Bd de Moore est le Dr Manathan).
Moore n'hésite pas confronter le coté très humain de ses « héros costumés », (certains se révèlent ultra violents, fous, paranoïaques, depressifs ou encore alcooliques); au coté froid et désintéresse du docteur Manathan.
Ainsi; le fossé entre « héros» et « super » va finir finalement par rendre caducs et indésirables les costumés, qui suite à la loi de recensement Keene de 1977 prendront, pour la majeure partie d'entre eux, leur retraite.
L'album commence le 12 octobre 1985, lorsque le corps de Eddie Blake, alias « le comédien », certainement l'un des héros les plus ambigus de « Watchmen », est retrouvé défenestré.
Le personnage de Rorschach, pensant directement à une conspiration conte les « masqués » décide alors de prévenir ses anciens camarades et de mener son enquête.
Je n'en dirais pas plus sur l'histoire de la Bd, déjà pour éviter les spoils et surtout parce qu'un résumé pertinent et intelligent de « Watchmen » semble bien impossible.
Sachez cependant que la BD propose des réflexions d'éthique morale assez lourdes, et une relecture très pertinente par déconstruction du mythe du « super héros ».
Si vous n'avez jamais lu la bd, sachez aussi que « Watchmen » est une uvre parfois difficilement abordable, presque hermétique en certains points, mais qui pour un peu que l'on s'y plonge vraiment atteint une richesse rarement égalée.
L'aspect graphique de Dave Gibbons est volontairement très classique (en particulier pour ses couleurs signées John Higgins) ce qui peut rebuter certains lecteurs pas forcément habitués aux style comics, même si celui-ci est en général plus simple d'accès que le style de « V pour Vendetta » plus typé ancien.
Le découpage quand à lui porte pleinement la marque d'Alan Moore, avec son gaufrier et les transitions de ses enchainements par repétition d'anciennes cases, la aussi pour appuyer une idée, comme les nombreuses symétries narratives concertant par le personnage de Rorschach.
Il resterait encore tant de choses à dire sur la bd « Watchmen », sur ses thématiques, ses clins d'il, ses intrigues, comme par exemple la Bd sur les pirates présente dans l'album et des parallèles à faire entre son intrigue et la trame principale, ou de l'omniprésence de la notion du temps dans la bd, ce qui sera peut être l'objet d'un article beaucoup plus détaillé.
Il est amusant de remarquer que si Alan Moore écrit « Watchmen » en 86, l'horloge indiquant 23H57, le film arrive au moment ou la tension internationale à fait remonter l'horloge à 23H55, soit son plus haut niveau depuis la création de la bd...
Et du film, parlons en.
De nombreuses craintes sont nées avec le choix de Snyder à la réalisation. En effet, son sens du montage particulier ne fait pas l'unanimité et les premiers trailers laissaient à penser une vision du film orientée sur des affrontements physiques, alors que le comics est en majorité orienté sur une enquête et donc, sur le texte.
De plus, la durée du film étant de 2h43 pour sa sortie en salles (on parle déjà d'une ressortie plus longue à l'avenir), il semblait difficile d'y condenser les presque 400 pages de l'uvre originale.
Alors le «Watchmen » de Snyder tient il ses promesses?
Selon moi, oui et non.
D'un point de vue esthétique d'abord, le film est assez joli, même si parfois un poil kitsch.
La photo fonctionne bien, et pour une fois, Snyder y est allé mollo sur la molette de montage, évitant le coté ralenti, accéléré, ralenti... intempestif auquel l'on pouvait assister dans sa vision des « 300 ».Le choix des musiques est plutôt bien trouvé, préférant par exemple « The Times They Are A-Changin' » à « Desolation Row » de Bob Dylan, dont un extrait clôturait le premier chapitre de la Bd. Quand aux acteurs, globalement tous méconnus, ils sont parfois inégaux, mais s'en tirent en finalité assez bien.
Alors pourquoi un constat mitigé?
En fait, le film sorti en salles confirme à sa manière que « Watchmen » est inadaptable au cinéma.
Non que le film soit mauvais, bien au contraire!
Il conserve l'essence même du comics et n'en dénature pas du tout l'histoire, malgré quelques changements scénaristiques assez mineurs, juste que le format cinéma, de par ses contraintes de temps, n'était peut être pas le plus adapté pour la transposition de la bd sur écran.
En effet, comme on pouvait s'en douter, si l'intrigue principale reste quasiment intacte, les nombreuses histoires parallèles qui parcouraient le récit pour raconter d'une certaine manière une epoque, ont eux étés méchamment amputés. Un format TV, certes moins lucratif et prestigieux aurait peut être évité ce coté ablatif. De plus, « Watchmen » témoigne d'un tic de Snyder déjà présent dans « 300 », son côté fan-geek.
Je m'explique...
Dans « 300 », Snyder est parti sur une logique de transposition maniaque, quasi plan par plan de la Bd de Frank Miller, et cette démarche très honorable a abouti à un gros défaut.
Le film durant pratiquement 2 heures, et la bd faisant 96 pages, Snyder à été obligé de broder autour de l'histoire avec des intrigues parallèles qui sont nettement, selon moi, de moins bonne qualité que le reste de l'uvre adapté, ce qui à aussi joué sur le rythme du film, assez inégal.
Et bien « Watchmen» souffre je pense, lui aussi d'un gros problème de rythme.
En effet, Snyder se borne encore à transposer la Bd de manière ultra fidèle, ce qui ravira certainement les fans (par exemple, les 40 premières minutes sont quasiment identiques aux 40 premières pages du comics, au dialogue prêt!) L'avantage, c'est que le film ne perd en rien la violence et de le désespoir du comics, mais il gagne surtout une gros inconvénient, les non connaisseurs risquent vite de sombrer dans l'ennui, la notion de temps de lecture de la bd étant peu agréable transposée au cinéma.
Dommage, car encore une fois, Snyder nous montre clairement son amour du matériaux de base, multipliant les clins d'il à celui ci.
"Watchmen"; n'est pas un mauvais film, mais demeure bien moins intéressant que son homologue en bd. A défaut d'apporter sa pierre à l'édifice, force est de constater que Snyder n'en dénature pas non plus l'univers.
Le film constituera je pense une bonne introduction aux plus courageux d'entre vous qui n'ont pas encore lu la BD et qui l'auront vu, permettant alors d'aborder la bd avec un recul proche de la seconde lecture. Une chose est normalement certaine, si vous avez aimé le film; vous adorerez la Bd.
Voilà, j'espère ne pas avoir endormi trop d'entre vous,désormais, on se retrouve après Dragonball Evolution pour une critique qui va très certainement être beaucoup plus courte.








--
"Have you ever danced with the devil by the pale moonlight ?"
--
"Toute l'histoire de notre monde a été écrite par de pauvres types qui étaient convaincus qu'ils avaient raison. Que ce soit Jésus ou que ce soit Mussolini.
Alan Moore
lol
--
L'Homme est un Loup pour l'Homme. Cette comparaison est fort dégradante. Pour le Loup.
--
"Toute l'histoire de notre monde a été écrite par de pauvres types qui étaient convaincus qu'ils avaient raison. Que ce soit Jésus ou que ce soit Mussolini.
Alan Moore
[link]
sneedd
--
"Toute l'histoire de notre monde a été écrite par de pauvres types qui étaient convaincus qu'ils avaient raison. Que ce soit Jésus ou que ce soit Mussolini.
Alan Moore
sneedd
--
"Toute l'histoire de notre monde a été écrite par de pauvres types qui étaient convaincus qu'ils avaient raison. Que ce soit Jésus ou que ce soit Mussolini.
Alan Moore
I luv your Hendricks.
I'm going to put one up today
sneedd
Previous Page12345...Next Page